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LES COMPTES RENDUS EN HISTOIRE
Joseph-Claude POULIN (2015)

A. QU'EST-CE QU'UN COMPTE RENDU EN HISTOIRE ET À QUOI SERT-IL ?

Idéalement, le lecteur d'une recension critique en histoire s'attend à y trouver deux choses : une analyse et une discussion d'une publication récente, c'est-à-dire :

  1. un résumé de contenu, une identification de l'objet et de l'objectif, un énoncé de l'hypothèse principale ou de la problématique (s'il y a lieu), une indication des fondements documentaires et des méthodes critiques, une description du schéma argumentatif, un condensé des conclusions principales, nouvelles ou utiles.
  2. une évaluation des points fort ou discutables, des qualités ou problèmes de méthode, de l'originalité ou des faiblesses de la démonstration, des lacunes ou fautes de détail, de l'apport à la connaissance du thème traité en regard de son historiographie. Tout reproche ou objection doit s'appuyer sur des exemples vérifiables.

Sauf exception, ce sont des publications sous forme de volumes qui reçoivent ce traitement, rarement des articles.

Dans sa forme la plus typique, le compte rendu d'un livre d'histoire prend la forme d'un essai critique relativement bref et dûment signé; l'évaluateur, choisi par la rédaction d'un organe spécialisé (revue savante, site Web), est présumément recruté pour sa compétence particulière dans un domaine donné. C'est ce type de contribution qui est habituellement inventorié dans les répertoires de comptes rendus. Dans le cas de simples résumés de contenu, sans prétention critique, le condensé est l'œuvre d'un membre (souvent anonyme) de l'équipe de rédaction.

Il est prévisible que les périodiques ou les sites Web spécialisés les plus directement concernés par un livre d'histoire pertinent à leurs centres d'intérêt en publient une recension – un an ou deux après sa parution; mais il peut en paraître aussi après un délai plus court ou plus long et à beaucoup d'autres endroits, parfois inattendus (en fonction des pratiques d'interdisciplinarité ou de l'impact médiatique sur un public élargi). Il faut donc apprendre à les repérer par l'intermédiaire d'instruments de travail spécialisés, et à s'en servir comme guides de lecture – sinon d'achat. Inversement, l'absence de tout compte rendu, après un certain nombre d'années, est un indicateur négatif quant à l'intérêt ou la qualité d'un ouvrage, notamment dans le cas d'une étude spécialisée.

Quand elles sont jugées d'intérêt par les spécialistes, les monographies font l'objet d'au moins une recension; mais l'existence d'un compte rendu (neutre ou élogieux) ne suffit pas à elle seule à garantir la qualité d'une étude. Les recensions doivent évidemment être à leur tour évaluées de façon critique, selon qu'elles correspondent plus ou moins bien à ce qu'on attend d'un tel exercice et en fonction de la compétence particulière reconnue à son auteur ou du soin qu'il a mis à s'acquitter de sa tâche d'évaluateur.

Par l'intermédiaire des comptes rendus, il devient possible de prendre connaissance à distance du contenu des travaux d'historiens et des réactions du public savant; la confrontation des commentaires de plusieurs lecteurs experts permet en outre d'apprécier plus finement les mérites de telle ou telle étude du point de vue des connaissances, des méthodes et des interprétations. En pratique, les comptes rendus aident à déterminer s'il vaut la peine de dépenser de l'énergie pour consulter un livre (commander, réserver, faire venir par le prêt entre bibliothèques, etc.).

En plus d'introduire à la dimension critique du travail de l'historien, le recours aux comptes rendus permet parfois de surmonter des obstacles linguistiques. En effet, des recensions ou résumés en français ou en anglais fourniront une première prise de contact avec des publications parues en d'autres langues moins accessibles. Certains organes ont d'ailleurs comme politique de publier des comptes rendus dans une langue autre que celle de la publication évaluée, afin d'élargir son rayonnement.

En outre, les comptes rendus sont le lieu où se noue une conversation publique entre les auteurs et leurs lecteurs. Certaines publications élargissent cette tribune en accueillant de bon gré (ou même en les sollicitant) les réactions des historiens évalués; ainsi dans l'American Historical Review (sous la rubrique « Communications ») ou sur le site Web Reviews in History (http://history.ac.uk/reviews) ─ en sus de toute réclamation d'un droit de réplique quasi judiciaire par tel auteur qui s'estimerait injustement traité par son recenseur. Collectivement considérées, les recensions critiques fournissent ainsi un forum de débat d'idées et conduisent parfois à la création de groupes de discussion sur Internet (ainsi pour H-Net).

Pour en savoir plus...

Enfin, les recensions constituent la veille critique de la profession; cette veille est d'autant plus nécessaire que la production courante est surabondante, polyglotte et dispersée. Car la prolifération des études historiques ne s'explique pas seulement par la vitalité spontanée du monde des idées ou le dynamisme naturel de la recherche; s'y entremêlent aussi des considérations de carrière des auteurs (Publish or Perish), administratives (questions d'histoire liées à des concours de recrutement) ou commerciales (de la part de maisons d'édition ou des fabricants de réimpressions).