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Histoire-Hypermédia > Définir et documenter en histoire
  
 Introduction 

 Chercher quoi ? 

 Chercher comment ? 

 Sélection et présentation 

 
 

Définir et documenter en histoire

Joseph-Claude POULIN

avec la collaboration de Donald FYSON

 (2008)

Note: dans le texte qui suit, les hyperliens de couleur orange conduisent à des définitions des termes soulignés, regroupées dans un glossaire. Les formes du féminin et du masculin sont employées indifféremment.

INTRODUCTION

L’instrument de formation Histoire-Hypermédia© entend développer chez les étudiants une connaissance pratique du processus raisonné de définition et de documentation d’un sujet de recherche en histoire. Une telle opération repose sur les habiletés suivantes :

  1. savoir identifier et circonscrire un sujet de recherche en histoire;
  2. savoir planifier et conduire une démarche d’initiation à un sujet de recherche en histoire;
  3. savoir établir et présenter une sélection bibliographique pertinente, en fonction de la nature et de l’étendue de la recherche à effectuer.

Histoire-Hypermédia mise sur l’environnement hypertextuel pour rendre plus complet et plus concret l’apprentissage de ces méthodes de travail dans un cadre disciplinaire. Il entend fournir à l’étudiante un environnement d’apprentissage de la démarche de recherche documentaire en lui proposant un guide de définition de questionnements historiques, de planification de lectures d’initiation, ainsi que d’élaboration et la présentation d’une sélection bibliographique à l’aide d’instruments bibliographiques spécialisés.

1. Pourquoi un instrument de formation sur le «savoir s’interroger» en histoire?

L’historienne est une personne qui interroge le passé et qui s’interroge sur lui à partir des préoccupations du présent; c’est pourquoi la recherche historique doit nécessairement s’appuyer sur une interrogation ou une curiosité bien articulée. Car, quand on ne sait pas ce qu’on cherche, on ne sait pas ce qu’on trouve. Il s’agit bien entendu de questionnements que l’historien juge importants et pour lesquels il estime possible de trouver des réponses.

Cette attitude foncièrement interrogative de l’historien renvoie à ce qu’on entend souvent appeler une «problématique»; ce terme sera ici évité à cause de son flou sémantique dans le langage contemporain. Par comparaison avec les démarches des sociologues, géographes, théologiens ou philosophes, le point de vue typiquement historien se reconnaît par le caractère central accordé à la notion de temps dans le regard jeté sur les affaires humaines.

Avant de commencer à collectionner des informations sur le passé ou des références à des publications, il faut définir et circonscrire l’objet d’histoire sur lequel portera l’enquête. L’historienne ne remonte pas au déluge à chaque fois qu’elle se met au travail; comme elle ne peut pas ramasser indistinctement tout ce qui a trait au passé, elle doit d’abord clarifier ses idées sur ce qu’elle cherche avant d’entamer l’enquête bibliographique proprement dite. Par des lectures appropriées dans des outils de base, elle pourra s’initier sommairement à son sujet, puis donner à sa quête documentaire et à sa recherche bibliographique une orientation déterminée, choisir un angle d’attaque, définir une perspective, parfois même formuler une question. Cette opération – relativement brève, mais indispensable – est encadrée par quelques principes simples. Des règles pratiques indiqueront la marche à suivre la plus généralement applicable, quels que soient le problème, la période ou le continent considérés.

2. Pourquoi un instrument de formation sur le «savoir se documenter» en histoire?

La démarche des historiens procède par recours constant à l’argumentation documentée, à la discussion sur preuves. Une grande partie de leur travail est donc faite de recherche documentaire. Quelle documentation? Le terme bibliothéconomique ou archivistique de «documents» est trop général; les historiens ont plutôt l’habitude de distinguer deux niveaux de documentation, en fonction de la recherche à mener :

  • les sources (en anglais : primary sources), c’est-à-dire les traces et témoignages de toutes sortes, produits et légués par le passé : documents manuscrits, imprimés anciens, journaux, objets archéologiques, iconographie, documents sonores, documents sur support électronique, etc.
  • les études (en anglais : secondary sources), c’est-à-dire les livres, articles, thèses, etc. produits par les historiens dans leur effort de connaissance d’un aspect du passé plus ou moins lointain. En français, il faut éviter d’employer le mot «source» dans ce sens.

Attention : la distinction entre source et étude n’est pas toujours aussi nette. Par exemple : les études publiées par des historiens du XIXe siècle peuvent devenir des sources pour un historien actuel qui cherche à connaître comment l’histoire fut comprise et pratiquée au XIXe siècle. Dans ce cas précis, c’est donc l’intention de l’utilisateur d’un document qui permet de distinguer entre source et étude.

Le présent instrument de formation concerne l’art de construire un programme de lecture et de repérer des documents dans le second sens du terme; il s’agit d’apprendre à trouver et à utiliser des études, et non des sources. Par l’intermédiaire d’Histoire-Hypermédia, c’est le paysage éditorial de la communication savante chez les historiens professionnels qui se mettra progressivement en place dans l’esprit des étudiants débutants en histoire au niveau universitaire. Une connaissance au moins générale de ces réseaux de communication est nécessaire pour conduire adéquatement une recherche documentaire en histoire.

Les historiens doivent donc savoir relever (entre autres) le défi de la maîtrise de la documentation; comment repérer et dominer les études pertinentes à une enquête donnée, sans être écrasés par elles? Pour y arriver, il faut apprendre à surmonter deux difficultés principales :

a) la très grande dispersion des données pertinentes à l’enquête historienne : dans une bibliothèque universitaire ou dans une bibliothèque numérique, leur localisation est impossible à prévoir à coup sûr. Le mathématicien va sur les rayons ou dans des revues électroniques où sont regroupées les publications relatives aux mathématiques; les livres et revues d’histoire sont partout (droit, art, économie, religion, société, politique, etc.)! En outre, les publications utiles aux historiennes empruntent des types de présentation très variés : monographies individuelles, ouvrages collectifs, actes de congrès, revues plus ou moins spécialisées (par milliers, à la fois imprimées et numérisées), publications d’utilité courante (aussi appelées «usuels»), ouvrages de référence de toutes sortes (dictionnaires ou encyclopédies, imprimés ou informatisés), bases de données en ligne ou sur cédérom, etc.

b) la quantité phénoménale de publications accumulées par les générations antérieures d’historiens, en croissance rapide et continue. La plus ancienne revue scientifique d’histoire à paraître encore aujourd’hui, et presque sans interruption depuis ses origines, est le Journal des Savants, fondé à Paris en 1665. Pour la seule année 1954, la Bibliographie annuelle de l’histoire de France a recensé 4890 publications; cinquante ans plus tard, elle en compte plus de 11,400 par année. Les bases de données bibliographiques Historical Abstracts et America: History and Life ont recensé environ 11,000 publications (livres et articles) pour l’année 1965; en 2008, le total s’élève à plus de 1,000,000. L’avènement d’Internet depuis le milieu des années 1990, avec l’augmentation du nombre de textes scientifiques non traditionnels (par exemple des revues entièrement électroniques ou les textes de communications scientifiques), accélère la croissance de cette quantité.

Comment survivre à une aussi grande prolifération de publications? Comment maîtriser le flot documentaire? Comment identifier dans un délai raisonnable l’essentiel des meilleurs travaux accessibles sur une question donnée, tant sous forme imprimée qu’informatisée?

Les générations de chercheurs qui nous ont précédés ont élaboré toute une gamme d’outils professionnels pour trouver de façon méthodique l’information de base et la référence aux travaux savants parus jusqu’à ce jour; il faut connaître l’existence de ces instruments et apprendre leur maniement, tant sous forme imprimée qu’électronique. Grâce à l’environnement hypertextuel d’Histoire-Hypermédia, l’étudiant pourra parcourir une analyse méthodique du contenu des principales catégories d’instruments de travail, dans une démarche cohérente et structurée; il pourra repérer et sélectionner les outils les plus pertinents à son questionnement et ainsi planifier sa recherche documentaire avant même de se rendre en bibliothèque. Car la bibliothèque demeure encore le lieu le plus important pour conduire une recherche. 


Quels sont les caractères propres à l’instrument de formation Histoire-Hypermédia?

Des guides de formation à la recherche documentaire en histoire existent déjà, sous forme imprimée ou en ligne; ils peuvent combler une partie des besoins auxquels répond le présent document. Mais Histoire-Hypermédia © est un site de contenu original, et non un simple répertoire d’hyperliens; il se distingue par la combinaison suivante de caractéristiques :

  • une présentation intégrée des étapes du travail de recherche en histoire, de la définition du questionnement jusqu’à la présentation de la bibliographie sélectionnée; il ne s’agit pas d’un guide général mais d’un instrument de formation disciplinaire conçu par et pour des historiens;
  • une présentation symétrique des principales périodes ou aires géographiques pratiquées dans les programmes de premier cycle en histoire, de manière à faciliter le transfert (d’une entité spatio-temporelle à une autre) des savoir-faire acquis en matière de recherche documentaire;
  • un élargissement et une remise à jour continus de l’éventail des instruments de travail propres aux historiens, présentés et analysés méthodiquement (environ 1,100 titres au total); l’analyse des caractéristiques individuelles des publications répertoriées est plus poussée pour les instruments bibliographiques et pour les ouvrages encyclopédiques;
  • une approche qui conjugue l’utilisation des instruments de travail imprimés ET informatisés, car ces deux modes de diffusion cohabitent et appellent une mobilisation concertée; cette situation impose un besoin de formation à l’interrogation raisonnée par mots-clés, afin de manier adéquatement les index matières imprimés ainsi que les bases de données et autres outils informatisés;
  • une approche combinée des historiographies francophone et anglophone. Le métier d’historien possède en effet une dimension universelle parce que ses artisans proviennent de tous les continents. C’est pourquoi une recherche documentaire dans une seule langue ne peut pas suffire au niveau universitaire. Même pour l’histoire de France ou l’histoire du Québec, le poids scientifique de la langue anglaise est très considérable. Dans notre situation de Nord-Américains francophones, la lecture du français et de l’anglais s’impose donc tout naturellement; tous les autres talents linguistiques sont évidemment bienvenus et à valoriser, notamment pour l’histoire de périodes éloignées dans le temps ou de régions ni francophones ni anglophones. De plus, certains champs d’étude ont connu un essor majeur au cours des dernières décennies, comme l’histoire des femmes ou l’histoire des techniques, qui sont difficilement praticables en français seulement. Enfin, les outils de recherche bibliographique de premier plan sont pour l’essentiel informatisés; or la langue d’utilisation de ces publications électroniques est généralement l’anglais.

Le présent guide est découpé en trois sections principales :

A. D’abord, comment identifier et circonscrire ce qu’on cherche : c’est la phase de définition précise du sujet de recherche et de choix d’une orientation pour le traiter.

B. Ensuite, comment construire un programme de lectures spécifiques d’initiation et repérer la bibliographie spéciale afférente au sujet déterminé : c’est la phase de recherche documentaire proprement dite.

C. Enfin, comment établir et présenter une sélection bibliographique à l’appui d’une recherche en histoire. Le mode de sélection critique et les normes de présentation sont régis par des usages et des pratiques largement répandus dans le monde des historiens, qu’il faut apprendre à appliquer et à respecter.