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Histoire-Hypermédia > Définir et documenter en histoire

 Introduction 

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 Sélection et présentation 

 
 

DÉFINIR UN SUJET ET SE DOCUMENTER EN HISTOIRE

Joseph-Claude POULIN avec la collaboration de Donald FYSON (2015)

 

A. COMMENT DÉTERMINER CE QU'ON CHERCHE?

Cette partie répondra aux deux questions suivantes :

  • en principe : qu'est-ce qu'il faut chercher à établir pour asseoir rationnellement une enquête documentaire en histoire et la bibliographie qui la sous-tend ?
  • en pratique : où trouver l'information de base nécessaire à la mise en place d'un questionnement fonctionnel sur un sujet de recherche donné ?

1) Qu'est-ce qu'il faut arriver à préciser à partir de l'énoncé initial d'un sujet?

Mettre en place un questionnement d'historien à propos d'un sujet donné ne se réduit pas à improviser n'importe quelle interrogation relative au passé; c'est plutôt identifier clairement un objet d'étude, le baliser et définir une orientation pour l'enquête à effectuer (parmi plusieurs possibles). Ces résultats s'atteignent au terme d'un processus méthodique d'enquête documentaire. Le questionnement posé (avec ou sans point d'interrogation) peut alors prendre la forme d'un sujet à discuter, une difficulté à résoudre, une hypothèse à vérifier, une thèse à démontrer, un réseau de relations à éclaircir, un événement, processus ou personnage à mettre en perspective dans la durée, etc.

Avant de se lancer dans la collecte de titres de publications apparemment pertinentes, il importe donc de préciser ses vues sur le sujet concerné; sans chercher à devenir spécialiste jusqu'au moindre détail, il faut en acquérir une vue d'ensemble assez concrète pour comprendre au moins en termes généraux ce que recèle l'énoncé initial. Un programme de lectures à caractère général procurera progressivement cette initiation aux éléments principaux du contenu du sujet à traiter; l'itinéraire d'une recherche bibliographique ultérieure sera ainsi efficacement balisé, en évitant de tâtonner au hasard. Ces lectures d'introduction seront d'autant plus générales que le sujet est peu familier a priori.

Il s'agit donc de construire et conduire – « plume à la main » – un programme de lectures préparatoires d'où seront dégagées des pistes de démarrage efficaces; cela acquis (mais pas avant !), il deviendra possible de conduire ensuite une recherche bibliographique raisonnée, à partir d'un liste de descripteurs, mots-clés, vedettes-matière, notions privilégiées, appellations spécifiques, noms de lieux ou de personnages, etc.

Une série de cinq exemples concrets, à partir d'énoncés à caractère assez large, servira à illustrer pas à pas le chemin à parcourir pour arriver ainsi à mettre en place un sujet de recherche à la manière historienne. Ces exemples sont empruntés à l'histoire des mondes anciens (Antiquité / Mondes médiévaux), des mondes modernes (Europe / Canada-Québec) et des relations internationales contemporaines (Histoire générale thématique).

Sujets de départ : exemples

Le parcours recommandé s'appuie sur quatre ordres de questions destinées à faire ressortir clairement les coordonnées du sujet désigné et à formuler sur lui un questionnement réaliste et fonctionnel :

  1. la durée;
  2. l'espace;
  3. le thème;
  4. les personnalités.

a) Par rapport à la DURÉE : quand est survenu ce dont il s'agit ?

C'est-à-dire établir le cadre chronologique. L'étude historique d'un événement, même ponctuel, ou d'un personnage ne se limite pas à ses dates précises (encore faut-il les connaître !). Jusqu'où étendre dans la durée l'étude des tenants et aboutissants, et pourquoi ? Une fois délimitée la période pertinente, il deviendra possible de sélectionner avec à-propos des lectures qui accordent une place substantielle à cette période. Toute histoire générale de cette période est susceptible de fournir de l'information pertinente à l'enquête en cours et à son cadrage dans le temps.

Truc du métier : comment nommer les périodes historiques ?

Questionnement sur le cadre chronologique : exemples

b) Par rapport à l'ESPACE : où est-ce arrivé ?

C’est-à-dire établir le cadre géographique. Un sujet d’histoire appartient forcément à un espace qui lui est propre : lequel? Toute histoire du lieu touché par la situation historique qui est objet d’enquête apportera des éléments supplémentaires d’information. La reconnaissance des publications qui s’y rapportent sera facilitée par la connaissance des entités géographiques ancrées dans l’histoire (et souvent propres à un moment de celle-ci) : villes, régions, provinces, principautés, royaumes, États, empires, etc. La désignation de ces entités est d’ailleurs susceptible d’évoluer dans le temps : la Septimanie romaine s’est appelée plus tard Aquitaine; la Province de Québec a aussi porté le nom de Bas-Canada et de Canada-Est.

Truc du métier : comment nommer les noms de lieu ?

Questionnement sur le cadre géographique : exemples

c) par rapport au THÈME : quel domaine d'activité est principalement concerné ?

C'est-à-dire établir le cadre thématique. Il n'est jamais possible d'inclure la totalité des aspects d'un sujet d'histoire dans une recherche documentaire ponctuelle. Aussi convient-il d'identifier un ou quelques domaine(s) privilégié(s), sur lesquels concentrer les efforts de documentation; comme il existe toujours plusieurs voies d'approche, il faudra choisir entre plusieurs orientations possibles.

Questionnement sur le cadre thématique : exemples

d) par rapport aux PERSONNALITÉS : qui sont les principaux acteurs impliqués ?

C'est-à-dire prendre en compte la dimension biographique – quand elle est applicable. Sans succomber à un culte primaire de la personnalité, il est souvent possible d'identifier quelques intervenants privilégiés pour une page d'histoire donnée. Leurs noms fourniront ensuite autant de pistes bibliographiques efficaces et faciliteront la reconnaissance de publications pertinentes. En effet, le nom des individus les plus célèbres a de bonnes chances de servir d'indicateur efficace pour repérer les travaux savants qui leur sont personnellement consacrés et utiliser leurs index ; or de nombreux instruments de référence correspondent justement à cette approche biographique de l'histoire.

Truc du métier : comment nommer les noms des personnages historiques ?

Questionnement sur le cadre biographique : exemples

2)  Par quels moyens conduire une opération de lecture de démarrage?

À quelle porte frapper pour trouver les informations de départ qui permettront ensuite de jeter les bases raisonnées d’une recherche bibliographique en histoire? Trois catégories principales d’instruments de travail sont à fréquenter pour effectuer cette mise en place : les manuels et synthèses, les dictionnaires et encyclopédies, les atlas. Ces outils s'utilisent de façon coordonnée, donc pas nécessairement dans l'ordre linéaire de la présentation qui suit. Dans l'état actuel de l'édition savante, ces ouvrages de référence se présentent sous forme imprimée et/ou informatisée; mais il serait malavisé de se limiter à ceux qui sont accessibles en ligne.

Chaque lecture – plume à la main – apporte son lot de renseignements susceptibles de fournir des repères pour conduire la suite des lectures, puis la recherche bibliographique de façon réfléchie, ce qui est le contraire de se laisser dériver sur les flots de la production scientifique. Les exemples donnés ci-après n'indiquent qu'une seule publication de chaque type, pour des raisons de concision; mais dans la pratique, il faut habituellement en voir plus d'une, en combiner plusieurs. Cette étape de familiarisation avec le sujet permet de dresser progressivement une liste de mots-clés, de concepts-référence ou de personnages (en français et en anglais) qui serviront ultérieurement à guider la suite des lectures, et ultimement l'enquête bibliographique proprement dite.

Tentation à éviter :
Essayer de commencer par la fin, en plongeant d'emblée dans des lectures trop spécialisées, à moitié incompréhensibles faute de mise en contexte suffisante. Il ne s'agit pas de travailler plus, mais de travailler mieux, en investissant chaque heure de travail au bon endroit, dans des instruments de travail de niveau universitaire. Il n'existe pas de raccourci : si cette étape préparatoire est escamotée, toute la suite des opérations sera handicapée et les résultats appauvris.


a) Manuels généraux ou synthèses d'ensemble

Grâce à des exposés synthétiques assez larges, qui débordent le sujet de l'enquête, une information d'ensemble sera progressivement acquise et replacée dans son contexte, par rapport à une durée plus longue, un espace plus étendu ou une thématique plus vaste.

Initiation par les manuels et synthèses : exemples

b) Encyclopédies scientifiques, dictionnaires spécialisés ou lexiques historiques

Des exposés succincts sur des aspects précis (lieux, événements, institutions, personnages, etc.) fournissent en peu de temps des données efficaces pour faire découvrir les articulations principales du sujet à l'étude. Les réalités historiques portent cependant des noms spécifiques, variables selon les périodes, les langues et les continents; il faut donc apprendre à les connaître et à les étudier à bon escient. Certains vocables qui nous semblent familiers dans la langue d'aujourd'hui (liberté, démocratie, etc.) n'ont pas toujours eu le sens actuel; il faut savoir les définir sans anachronisme. Des lexiques historiques répondent directement à ce besoin.

Pour en savoir plus sur les lexiques historiques

Initiation par les encyclopédies,dictonnaires ou lexiques : exemples

Ces deux premières familles d'instruments de travail (manuels/synthèses et encyclopédies/dictionnaires) offrent habituellement plusieurs passages ou articles pertinents; afin de s'orienter plus efficacement dans leur contenu fragmenté, il convient d'utiliser aussi leurs corrélats et leurs index, quand ils existent, ou leurs liens hypertextuels dans les versions informatisées. Les services rendus par de telles publications s'étendent du début à la fin d'une recherche documentaire; elles fournissent souvent une amorce de bibliographie.


c) Atlas historiques

Ces instruments spécialisés dans la représentation spatiale des phénomènes et des situations historiques permettent de replacer efficacement les réalités et transformations du passé dans l'espace propre auquel elles appartiennent. Les atlas historiques sont traditionnellement constitués d'un assemblage de cartes, plus ou moins précises ou variées; les meilleurs d'entre eux contiennent aussi un index des noms qui facilite le repérage des toponymes particuliers.

Initiation par les atlas  : exemples

L'ensemble de ce processus d'initiation débouche sur la possibilité de définir une approche spécifique, un questionnement particulier pour guider la recherche bibliographique correspondante. Choisir un angle d'attaque déterminé et le mettre en mots, c'est se donner les moyens d'éviter un double écueil en matière de recherche documentaire :

  • chercher à tout dire (mission impossible!) et amonceler un fourre-tout aléatoire ou
  • se contenter de généralités redondantes et superficielles, sans entrer vraiment dans le cœur de la question.

En termes pratiques, la formulation personnalisée d'un sujet d'étude, à préciser avant d'entamer la recherche bibliographique proprement dite, doit autant que possible contenir les éléments suivants :

  • un sujet : de quoi s’agit-il ?
  • un cadrage spatio-temporel : où et quand est survenu ce dont il s’agit ?
  • une orientation de l’enquête : sous quel angle le sujet sera-t-il abordé ? Quel est le point de vue adopté pour examiner l'objet visé ? Quel aspect de la question sera prioritairement examiné ? Quel type de relation sera étudié de façon privilégiée entre les composantes d'une situation ou d'un mouvement historique donné ?
Questionnements particuliers  : exemples

De telles questions ne peuvent être formulées qu'après une démarche d'initiation conduite méthodiquement à l'aide d'instruments appropriés; ensuite seulement, la recherche bibliographique proprement dite pourra s'effectuer dans de bonnes conditions, en s'appuyant sur des intérêts bien ciblés et des mots-clés bien adaptés à l'orientation choisie pour la recherche documentaire.