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Définir et documenter en histoire
Joseph-Claude POULIN
avec la collaboration de Donald FYSON
(2008)
C. COMMENT ÉTABLIR ET
PRÉSENTER UNE SÉLECTION BIBLIOGRAPHIQUE EN HISTOIRE?
La sélection bibliographique finale n’est pas constituée de la simple énumération des 10 ou 15 premières publications rencontrées; elle doit fournir une couverture équilibrée de tous les aspects majeurs du sujet à documenter. L’étudiante doit renvoyer à un ensemble de travaux considérés indispensables et complémentaires. Cela s’apprend et se perfectionne par l’entraînement; on n’y arrive pas par hasard.
La bibliographie à rassembler sera constituée de publications de calibre universitaire. À quoi reconnaît-on cette qualité?
- elles sont écrites par des auteurs qui signent leurs travaux : pas de place pour des exposés anonymes, comme dans Wikipédia, par exemple.
- elles sont rédigées par des spécialistes du sujet traité; les auteurs à retenir s’appuient directement sur les sources, sans se contenter de recopier ou résumer les travaux d’autrui (comme par ex. : Dictionnaire encyclopédique d’histoire de Michel Mourre). L’identité des meilleurs spécialistes se reconnaît aussi à ce que leurs travaux sont régulièrement cités par leurs pairs, notamment dans les études générales, et sont évalués positivement dans les comptes rendus.
Les volumes imprimés qui les contiennent ne se trouvent pour la plupart que dans des bibliothèques universitaires, pas dans une bibliothèque privée ou pour grand public; quant aux publications en ligne, elles nécessitent habituellement un abonnement institutionnel par l’université. De toutes façons, les instruments bibliographiques qui permettent de les identifier ne se trouvent généralement que dans des bibliothèques universitaires ou par leur intermédiaire.
Comme l’étudiant n’aura pas le temps de lire au complet des ouvrages substantiels dans le cadre d’un exercice de formation à la recherche documentaire, il doit développer une méthode de prise de contact qui lui permette de reconnaître rapidement le degré de pertinence et l’apport propre d’une publication, compte tenu du questionnement adopté. Ainsi
- il lira la préface, l’introduction et la conclusion pour connaître l’intention de l’auteur, la nature exacte de son projet et les conclusions principales auxquelles il est arrivé;
- il examinera la table des matières pour identifier les sections qui discutent plus particulièrement le sujet à traiter;
- il utilisera des index pour repérer les mots-clés qu’il a retenus pour sa recherche; il pourra ainsi localiser aisément et examiner les passages pertinents, même brefs ou dispersés; cette recherche par mots-clés s’applique également aux publications en ligne, quand elles permettent une recherche plein-texte.
- il consultera la bibliographie et sondera les notes en bas de page pour y trouver des compléments utiles.
Au terme de cet exercice de formation, l’étudiant sera en mesure de proposer un ensemble de titres
- sélectionnés pour leurs qualités de contenu et
- présentés de façon normalisée.
1) Sélection des titres:
Pour effectuer sa sélection, l’étudiante portera un jugement critique à la fois
- sur la valeur intrinsèque d’une publication,
- sur sa pertinence en regard du questionnement choisi et
- sur sa valeur complémentaire par rapport aux autres titres retenus.
Afin d’effectuer un tri raisonné entre les titres accumulés au cours de la recherche bibliographique, l’étudiante s’appuyera sur un certain nombre de règles et de critères d’appréciation. Il n’existe pas de liste limitative de critères utilisables pour évaluer de façon critique la production historique : c’est affaire d’expérience et de compétence personnelles – perfectibles par l’entraînement. Mais il existe des points de repère objectifs qu’il est assurément toujours opportun d’examiner; ce sont eux qu’il faut d’abord apprendre à manier dans le cadre de la formation de base à acquérir ici.
Deux sortes de critères peuvent guider cette opération d’évaluation en vue d’une sélection:
a) Les critères externes :
- L’auteur/e : comment identifier les spécialistes pour une question donnée ou un domaine d’étude particulier? Ils sont généralement abondamment cités dans les bibliographies, les ouvrages de référence ou les notes en bas de page des travaux de leurs pairs. Pour s'informer rapidement sur les compétences et les spécialités des auteurs remarqués, il est possible d'interroger (par nom d'auteur) les catalogues informatisés des plus grandes bibliothèques au monde; ainsi apparaîtront – le cas échéant – des listes plus substantielles de travaux parus sous leur nom ou sous leur direction.
- L’année de parution de l’ouvrage : face à deux études portant sur un même sujet, on s’attend à ce que la plus récente soit la plus satisfaisante, la plus complète et la mieux informée, bien que ce ne soit pas automatiquement le cas; le jugement doit rester vigilant et ne pas succomber à la fascination de la nouveauté pour elle-même. L’étudiante doit notamment faire attention aux rééditions, qui ne s’annoncent pas toujours clairement comme telles; celles qui ont fait l’objet d’une remise à jour doivent naturellement être préférées. Mais dans le cas d’une simple réimpression inchangée, c’est la date de parution initiale qui compte.
- La collection : les ouvrages d’histoire sont souvent regroupés dans des collections ou des séries (surtout en Europe continentale); certaines d’entre elles adoptent une présentation ou une orientation bien caractérisées qui aident à évaluer à priori leur intérêt ou leur pertinence pour un sujet donné; ainsi, les collections «Nouvelle Clio», «Collection U», «SUP», «Points Histoire», «Cursus», etc. De plus, il ne faut pas oublier qu’on trouve d’excellents ouvrages d’histoire dans des collections qui ne sont pas exclusivement historiques : ainsi, les «Que sais-je?», «Livre de poche», «Encyclopédie de la Pléiade», etc.
- L’éditeur ou la revue : certaines maisons d’édition se font une spécialité de publier des ouvrages de niveau universitaire; certains périodiques sont soutenus par des institutions savantes qui en garantissent la qualité. D’autres éditeurs se consacrent à la publication d’ouvrages de vulgarisation destinés au grand public; ils ne fournissent habituellement pas un point d’appui satisfaisant pour soutenir des travaux de niveau universitaire. Les ouvrages publiés par des presses universitaires, habituellement soumis à l’évaluation des pairs avant publication, constituent, de façon générale, de très bonnes références.
- Les comptes rendus : l’évaluation d’un ouvrage faite par des spécialistes et publiée dans des périodiques scientifiques ou sur des sites Web spécialisés fournit aussi un moyen de connaître sa valeur. Il existe plusieurs types de recensions, plus ou moins critiques, depuis le simple résumé jusqu’à l’article novateur du genre «à propos d’un ouvrage récent»; avec un peu d’entraînement, on arrive à critiquer le compte rendu lui-même, à les comparer entre eux et à pondérer les éloges, les reproches, les réticences. On consultera la section Comptes rendus de ce site à ce propos.
- Pour les ouvrages canadiens : la mention d’une subvention dans le cadre du programme d’aide à l’édition savante de la Fédération canadienne des sciences humaines indique qu’une étude a été favorablement évaluée par les pairs comme condition de la subvention.
À ces six indicateurs externes qui servent à la sélection d'un ouvrage, l'étudiant
ajoutera des critères internes.
b) Les critères internes :
- la pertinence par rapport au sujet et au questionnement en passant par :
– La table des matières et l’index : la table des matières et l’index, lorsque celui-ci est présent, reflètent chacun à leur manière le contenu et la portée d’un ouvrage; ils permettent ordinairement de repérer rapidement les chapitres ou sections pertinents à un sujet donné.
– L’introduction et la conclusion : normalement, l’introduction présente une justification du sujet, la démarche suivie, les questions posées et les sources utilisées pour les résoudre. En conclusion, on s’attend à trouver un bilan des résultats acquis et de ce qui reste à faire. Autant d’indicateurs pour connaître rapidement l’intérêt et la portée d’une étude.
- l’existence d’un appareil critique : la bibliographie, les notes, les références et les annexes qui accompagnent une étude sont de bons indices de sa valeur scientifique; elles permettent de saisir l’ampleur de l’information (sources et études) utilisée et la manière dont l’auteur/e en a tiré parti.
- le caractère scientifique de l’exposé : les entreprises de simple vulgarisation se signalent souvent par un langage familier, un caractère anecdotique et l’absence d’annotation en bas de page.
La bibliographie finale sera beaucoup plus restreinte que le nombre total d’études consultées ou examinées en cours de préparation, pour les raisons suivantes :
- des lectures de toute première initiation, sur un sujet probablement assez inconnu au départ, ne mériteront pas de paraître dans la bibliographie finale, à cause de leur caractère trop général – même si elles ont rendu service au début de la recherche documentaire. Le programme de lectures recommandées que constitue le bouquet final ne doit pas faire remonter au déluge, ni s’en tenir à une présentation trop sommaire, générale ou répétitive du thème visé. La bonne valeur intrinsèque d’une publication, dans l’absolu, ne suffit pas; il faut encore qu’elle possède une pertinence directe au questionnement particulier adopté.
- plusieurs des travaux remarqués en cours de préparation feront jusqu’à un certain point double emploi les uns avec les autres; il faut privilégier finalement ceux qui se complètent mutuellement, afin d’assurer une couverture équilibrée du sujet d’enquête.
Ne doivent survivre dans la bibliographie finale que les titres
- jugés indispensables pour une bonne compréhension du sujet concerné,
- assez substantiels pour mériter le déplacement et un investissement de lecture,
- bien adaptés au questionnement défini au départ,
- complémentaires les uns par rapport aux autres.
Au total, la bibliographie ainsi établie devra assurer une couverture adéquate, dans le cadre de l’orientation choisie,
- de l’ensemble de la période concernée par la question posée,
- de l’ensemble de l’espace historique touché par le phénomène étudié,
- de l’ensemble des aspects de la vie affectés.
2) Règles matérielles de présentation:
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C’est le moment ou jamais d’être paresseux : respecter intégralement le mode d’emploi fourni, tel quel, sans changement. C’est le meilleur moyen d’atteindre les qualités recherchées : uniformité, homogénéité, clarté, conformité aux usages reçus dans le monde des historiens.
Les noms propres ne tolèrent aucune fantaisie; sinon, des conséquences irréparables retentissent sur le classement alphabétique – donc sur la possibilité de les retrouver. Un truc pour limiter les mésaventures avec des patronymes peu familiers ou ambivalents : écrire les noms d’auteur en petites capitales, pour les distinguer une fois pour toutes des prénoms. On évitera ainsi de confondre Pierre JACQUES et Jacques PIERRE.
- La pratique éditoriale en histoire a développé un régime usuel de sigles et d’abréviations pour simplifier les renvois aux revues et aux instruments de travail courants; il n’y a donc pas lieu de s’inventer un système personnel en la matière. Des listes de sigles et abréviations reconnus se trouvent facilement dans les grands répertoires bibliographiques ou les grands dictionnaires.
L’adoption et le respect des normes prescrites de présentation matérielle visent à démontrer la compréhension et la maîtrise du code habituel de la discipline. Voir les pratiques en vigueur dans chaque département d’histoire:
«Avec Internet, comme devant les archives, pour l’historien, l’essentiel est bien … le questionnement, pas le volume énorme des informations disponibles.»
Carole RATHIER
«Informatique et recherche en histoire: l’apport de la Toile.»
Revue française d’histoire du livre, 126-127 (2005-06), p. 490.
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