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Histoire-Hypermédia > Définir et documenter en histoire

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DÉFINIR UN SUJET ET SE DOCUMENTER EN HISTOIRE

Joseph-Claude POULIN avec la collaboration de Donald FYSON (2015)

 

C. COMMENT ÉTABLIR ET PRÉSENTER UNE SÉLECTION BIBLIOGRAPHIQUE EN HISTOIRE?

La sélection bibliographique finale n'est pas constituée de la simple énumération des 10 ou 15 premières publications rencontrées; elle doit fournir une couverture équilibrée de tous les aspects majeurs du sujet à documenter, dans la perspective adoptée. Cette bibliographie doit rassembler des travaux, généraux ET particuliers, considérés comme indispensables ET complémentaires.

En outre, cette bibliographie sera constituée de publications de calibre universitaire; à quoi reconnaît-on cette qualité ?

  • Elles sont écrites par des auteurs qui signent leurs travaux; il n'y a pas de place pour des exposés anonymes dans la conversation scientifique.
  • Elles sont rédigées par des spécialistes du sujet traité; les auteurs à retenir s'appuient directement sur les sources, sans se contenter de recopier ou résumer les travaux d'autrui (comme par exemple le Dictionnaire encyclopédique d'histoire de Michel MOURRE). L'identité des meilleurs connaisseurs se reconnaît aussi à ce que leurs travaux sont régulièrement cités par les autres historiens, notamment dans les études générales, et sont évalués positivement dans les comptes rendus.

Les volumes imprimés qui contiennent les travaux à sélectionner ne se trouvent généralement que dans des bibliothèques universitaires, rarement dans une bibliothèque privée ou pour grand public; quant aux publications disponibles en ligne, elles nécessitent pour la plupart un abonnement institutionnel par l'université. De toutes façons, les instruments bibliographiques qui permettent de les identifier ne se trouvent d'habitude que dans des bibliothèques universitaires ou par leur intermédiaire.

Étant donné les contraintes du temps d'une recherche préliminaire, il faut développer une méthode de prise de contact qui permette de reconnaître rapidement l'utilité et l'apport propre d'une publication, compte tenu du questionnement adopté. Voici quelques manières de relever ce défi :

  • lire la préface, l'introduction et la conclusion, afin de connaître l'intention de l'auteur, la nature exacte de son projet et les conclusions principales auxquelles il est arrivé.
  • consulter la table des matières pour identifier les sections qui traitent particulièrement du sujet à documenter, de son contexte ou d'un de ses aspects importants.
  • utiliser les index pour repérer les passages intéressants à l'aide de mots-clés déjà identifiés grâce aux lectures préliminaires; cette recherche par mots-clés s'appliquent également aux publications informatisées, quand elles permettent une recherche plein-texte.
  • dépouiller la bibliographie et sonder les notes en bas de page pour y retrouver des compléments utiles.

Au terme de cette recherche documentaire et du repérage bibliographique correspondant, il devient possible de réunir un ensemble de titres :

  • sélectionnés pour la qualité et la pertinence de leur contenu, et
  • présentés de façon normalisée.

1) Sélection des titres

L'opération de tri et de sélection repose sur un exercice de jugement critique portant à la fois sur :

  • la valeur intrinsèque d'une publication,
  • sa pertinence au regard du questionnement choisi et
  • sa valeur complémentaire par rapport aux autres titres retenus.

Deux sortes de critères servent à guider cette opération d'évaluation en vue d'une sélection : les critères externes et les critères internes.


a) Les critères externes

  • l'auteur/e : comment identifier les spécialistes pour une question donnée ou un domaine d'étude particulier ? Ils sont généralement cités abondamment dans les bibliographies, les ouvrages de référence ou les notes en bas de page des travaux de leurs pairs. Les universitaires ont très souvent une présence Web dans leur institution qui indique leur spécialité et, assez souvent, une liste de leurs publications. En outre, une recherche par nom d'auteur dans les catalogues informatisés des plus grandes bibliothèques au monde permettra de dresser – le cas échéant – une liste de travaux parus sous leur nom ou sous leur direction.
  • l'année de parution de l'ouvrage : face à deux études portant sur le même sujet, on s'attend à ce que la plus récente soit la plus satisfaisante, plus complète et mieux informée, bien que ce ne soit pas automatiquement le cas; le jugement doit rester vigilant et ne pas succomber à la fascination de la nouveauté pour elle-même. Il importe notamment de faire attention aux rééditions, qui ne s'annoncent pas toujours clairement comme telles; celles qui ont fait l'objet d'une remise à jour doivent naturellement être préférées. Mais dans le cas d'une simple réimpression inchangée – comme un livre à couverture rigide republié en format de poche, ou la mise en ligne d'un ouvrage imprimé – c'est la date de parution initiale qui compte.Exemple d'un piège d'éditeur
  • la collection : les ouvrages d'histoire sont souvent regroupés dans des séries ou collections; certaines d'entre elles adoptent une présentation ou une orientation bien caractérisée qui aident à évaluer a priori leur intérêt pour une recherche documentaire donnée; ainsi les collections « Évolution de l'humanité », « Nouvelle Clio », SUP, « Points d'histoire », « Cursus », etc. En outre, on trouve d'excellents ouvrages d'histoire dans des collections qui ne sont pas exclusivement historiques; ainsi les « Que sais-je ? » (ou son équivalent anglophone "A Very Short Introduction"), « Livre de poche », « Encyclopédie de la Pléiade », etc.
  • l'éditeur ou la revue : certaines maisons d'édition se font une spécialité de publier des ouvrages de niveau universitaire; certains périodiques sont soutenus par des institutions savantes qui en garantissent la qualité. D'autres éditeurs se consacrent à la publication d'ouvrages de vulgarisation destinés au grand public; ces derniers ne fournissent habituellement pas un point d'appui satisfaisant pour soutenir des travaux de niveau universitaire. Les études publiées par des presses universitaires, habituellement soumises à une évaluation préalable par les pairs, constituent, de façon générale, des références recommandables.
  • les comptes rendus : l'évaluation d'un ouvrage faite par des spécialistes et publiée dans des périodiques scientifiques fournit aussi un moyen de connaître sa valeur. Avec un peu d'entraînement (en comparant plusieurs recensions d'une même publication, par exemple), on arrive à critiquer le compte rendu lui-même, à pondérer les éloges, les réticences, les objections. Pour en savoir plus, consulter le texte de présentation de la rubrique « Comptes rendus ».

Il faut enfin prendre garde au fait qu'une publication numérique n'est pas toujours égale, supérieure ou plus maniable que sa version imprimée. Il arrive parfois que les cartes ou illustrations soient omises, pour des raisons de protection des droits d'auteur. Aussi, la résolution des images en ligne est souvent moins bonne qu'en imprimé. Inversement, une publication numérique peut bénéficier de mises &agrav; jour périodiques et d'une interactivité qui lui donnent un avantage sur sa version imprimée.

Pour en savoir plus sur l'évaluation de l'édition en ligne d'une encyclopédie


b)  Les critères internes

  • la pertinence par rapport au sujet et au questionnement en cours, en passant par :
  • la table des matières et l'index, qui permettent de détecter la présence d'un développement substantiel de la question à documenter – assez substantiel pour mériter un détour;
  • l'introduction et la conclusion : normalement, l'introduction présente une justification du sujet, la démarche suivie, les questions posées et les sources utilisées pour y répondre. En conclusion, on s'attend à trouver un bilan des résultats acquis et de ce qui reste à faire.
  • l'existence d'un appareil critique : la bibliographie, les notes, les références et les annexes qui accompagnent une étude fournissent de bons indices de son caractère scientifique; ils permettent de saisir l'ampleur de l'information utilisée (sources et études) et la manière dont l'auteur/e en a tiré parti.
  • le caractère scientifique de l'exposé : les entreprises de simple vulgarisation se distinguent souvent par un langage familier, un caractère anecdotique et l'absence d'annotation en bas de page.

c)  La sélection finale

La sélection bibliographique finale sera beaucoup plus restreinte que le nombre total d'études consultées ou lues en cours de préparation, pour les raisons suivantes :

  • Des lectures de toute première initiation, sur un sujet probablement peu familier au départ, ne mériteront pas de survivre dans la sélection finale à cause de leur caractère trop général – même si elles ont rendu service au début de la recherche documentaire. Une fois la maison construite, on retire les échafaudages.
  • Le programme de lectures sélectionnées que constitue le bouquet final ne doit pas faire remonter au Déluge, ni s'en tenir à une présentation trop sommaire ou répétitive du thème étudié. La bonne valeur intrinsèque d'une publication, dans l'absolu, ne suffit pas; il faut encore qu'elle possède une pertinence directe et ajoute un contenu significatif au questionnement particulier adopté.
  • Plusieurs des bons travaux remarqués en cours de préparation feront jusqu'à un certain point double emploi les uns avec les autres; il faut privilégier finalement ceux qui se complètent mutuellement, éviter autant que possible les simples redondances, afin d'assurer au bout du compte une couverture équilibrée de l'ensemble du sujet à documenter.

En résumé, ne doivent survivre dans la sélection bibliographique finale que les titres :

  • jugés collectivement indispensables pour une bonne compréhension de l'ensemble du sujet concerné,
  • assez substantiels pour mériter le déplacement et un investissement de lecture,
  • bien adaptés au questionnement particulier défini au départ,
  • complémentaires les uns par rapport aux autres et
  • reflétant l'état actuel des connaissances et des interprétations chez les historiens.

Idéalement, la bibliographie ainsi établie assurera une couverture adéquate, dans le cadre de l'orientation choisie :

  • de l'ensemble de la période concernée par la question étudiée,
  • de l'ensemble de l'espace historique touché par le phénomène étudié,
  • de l'ensemble des aspects de la vie affectés.

2) Règles matérielles de présentation

C'est le moment ou jamais d'être paresseux : respecter intégralement le mode d'emploi fourni, tel quel, sans changement. C'est le meilleur moyen d'atteindre les qualités recherchées : uniformité, homogénéité, clarté et conformité aux usages reçus dans le monde des historiens.

  • Les noms propres ne tolèrent aucune fantaisie ; sinon, des conséquences irréparables retentissent sur le classement alphabétique – donc sur la possibilité de les retrouver. Un truc pour limiter les mésaventures avec des patronymes peu familiers ou ambivalents : écrire les noms de famille en petites capitales, pour les distinguer une fois pour toutes des prénoms. On évitera ainsi de confondre Pierre JACQUES avec Jacques PIERRE.
  • La pratique éditoriale en histoire a développé un régime usuel de sigles et d'abréviations pour simplifier les renvois aux revues et aux instruments de travail courants ; il n'y a donc pas lieu de s'inventer un système personnel en la matière. Des listes de sigles et abréviations reconnus se trouvent facilement dans les grands répertoires bibliographiques ou les grands dictionnaires.

Pour en savoir plus sur les sigles et les abréviations

L'adoption et le respect des normes prescrites de présentation matérielle visent à démontrer la compréhension et la maîtrise du code habituel de la discipline. Voir les pratiques en vigueur dans chaque département d'histoire :

« Avec Internet, comme devant les archives, pour l'historien, l'essentiel est bien … le questionnement, pas le volume énorme des informations disponibles. »
-- Carole RATHIER, « Informatique et recherche en histoire : l'apport de la Toile. » Revue française d'histoire du livre, 126-127 (2005-06), p. 490.